Au Kosovo, aucune institution nationale unique n’est responsable de tous les aspects du vivre-ensemble au quotidien. Les municipalités, la police du Kosovo, les organes communautaires, les autorités publiques et les institutions indépendantes traitent chacun des questions différentes. Les Conseils municipaux pour la sécurité communautaire, appelés Këshillat Komunale për Siguri në Bashkësi ou MCSC, conseillent les municipalités et la police du Kosovo sur la sécurité locale. Un rapport de 2024 du ministère de l’Administration des collectivités locales recensait 35 MCSC créés et 153 réunions, mais leur couverture et leur activité ne sont pas uniformes. Les Comités locaux de sécurité publique, appelés Komitetet Lokale për Siguri Publike ou KLSP, offrent un forum communautaire pour les problèmes de sécurité. Pour en créer un, il faut adresser une proposition écrite au commandant du poste de police ; celle-ci est examinée dans la chaîne de commandement de la police, puis approuvée par le directeur général. Un KLSP conseille et échange des informations, mais ne dispose pas du pouvoir public de prendre des décisions contraignantes. Les droits linguistiques et communautaires façonnent les contacts quotidiens avec les autorités et les services publics. L’albanais et le serbe ont le même statut officiel dans tout le Kosovo. Le turc, le bosniaque et le romani peuvent avoir un statut officiel ou un statut d’usage officiel au niveau municipal, selon les seuils légaux applicables : une langue parlée par au moins 5 % de la population municipale peut devenir une langue officielle, tandis qu’une proportion supérieure à 3 % peut justifier son usage officiel. Prizren applique une règle particulière au turc. Les membres des communautés ont aussi des droits concernant l’usage de leur langue, leur culture, leurs traditions, leur participation politique et leur représentation. Les comités municipaux pour les communautés doivent inclure des représentants de chaque communauté, et ceux-ci doivent y former la majorité. Le Conseil consultatif des communautés, appelé Këshilli Konsultativ për Komunitete ou KKK, comprend toutes les communautés et se réunit conformément aux règles statutaires, notamment lors de réunions mensuelles régulières et d’examens plus larges deux fois par an. La loi contre la discrimination s’applique aux actes et omissions des institutions publiques et locales, des personnes privées, des entreprises et des services publics ou privés. Elle protège notamment contre la discrimination fondée sur l’appartenance communautaire ou la nationalité, l’origine ethnique, la langue, la religion, le sexe, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, l’âge, le handicap et la situation sociale. Une plainte peut être déposée auprès de l’Institution du Médiateur, qui peut enquêter, agir de sa propre initiative, mener une médiation, formuler des recommandations et transmettre des affaires aux autorités d’enquête ou de poursuite lorsque cela est approprié. Les plaintes peuvent être présentées oralement ou par écrit dans une langue officielle ou d’usage officiel. Le Médiateur dispose de bureaux centraux et régionaux ainsi que d’un numéro gratuit : 0800 15555. Il ne remplace pas un recours contre un jugement et ne tranche généralement pas les litiges privés ordinaires, sauf s’ils concernent une discrimination. Le Commissaire aux langues peut enquêter sur les plaintes relatives aux droits linguistiques, mener une médiation et recommander des mesures correctives ; des sanctions sont possibles pour certaines violations de ces droits. L’espace public est régi par les règles d’ordre public ainsi que par des dispositions locales. La loi couvre les lieux intérieurs et extérieurs accessibles au public, y compris les propriétés privées ouvertes au public. Les comportements agressifs, les attaques verbales provocatrices, le vandalisme, les situations dangereuses, la mendicité intrusive et les nuisances sonores illégales peuvent donner lieu à des mesures d’application de la loi. Les plages de repos prévues pour les infractions liées au bruit sont de 22 h à 7 h les jours ouvrables et de 23 h à 7 h les samedis et dimanches ; les amendes applicables aux personnes physiques peuvent aller de 30 à 500 EUR. Le ministère de l’Intérieur supervise ce cadre, tandis que la police et les autres organismes compétents le font respecter. Les rassemblements publics sont actuellement régis par la loi 08/L-166, qui prévoit des règles de notification, d’ordre et de sécurité, ainsi qu’une commission des plaintes créée par le règlement MIA 03/2023. La participation peut être formelle ou informelle. Les municipalités doivent tenir au moins deux réunions publiques par an et en publier la date et le lieu au moins deux semaines à l’avance. Toute personne ou organisation intéressée peut soumettre une pétition. Une initiative citoyenne municipale nécessite un projet de proposition et le soutien de 15 % des électeurs inscrits ; l’Assemblée municipale doit ensuite l’examiner dans les 60 jours. Une demande de référendum nécessite 10 % des électeurs inscrits, doit être présentée dans les 30 jours suivant l’adoption de la décision concernée et doit être examinée par l’Assemblée dans les 30 jours. Les citoyens et les organisations non gouvernementales peuvent également participer à des comités consultatifs, et les consultations nationales utilisent la plateforme konsultimet.rks-gov.net. En pratique, la participation varie : un rapport ministériel de 2024 recensait des plans de consultation publique publiés dans 21 municipalités, tandis que 17 autres n’en avaient publié aucun. Selon la nature du comportement et le niveau de risque, les conflits peuvent être traités par une communication directe, des forums municipaux ou communautaires, l’aide de la police, la médiation ou une procédure judiciaire. La médiation régie par la loi 06/L-009 est généralement volontaire et menée par un médiateur agréé sous la tutelle du ministère de la Justice. L’accord conclu constitue un titre exécutoire pour les questions qu’il couvre, mais une partie peut se retirer si l’affaire ne relève pas d’une règle spéciale de médiation obligatoire. Les frais dépendent de l’affaire et sont généralement partagés, sauf accord différent entre les parties ; la médiation n’est pas automatiquement gratuite. L’Agence d’aide juridique gratuite, appelée Agjencia për Ndihmë Juridike Falas ou ANJF, peut fournir des informations, des conseils juridiques, une aide à la préparation de documents, une assistance technique et une représentation aux personnes qui remplissent les critères légaux et financiers. Elle dispose de sept bureaux régionaux et de quatorze bureaux mobiles, et son numéro gratuit est le 0800 11 777. Les désaccords liés à l’habitat partagé sont principalement traités par des accords entre les occupants ou d’autres arrangements informels, car aucun service national spécialement consacré aux conflits entre colocataires ou à la cohabitation n’a été identifié. Les questions de logement, de loyer et de propriété relèvent principalement du domaine du logement. Les discriminations peuvent être signalées au Médiateur ou aux tribunaux ; les violences et les crimes doivent être signalés à la police du Kosovo ; les plaintes relatives aux données personnelles relèvent de l’Agence pour l’information et la vie privée (AIP). La loi sur la protection des données personnelles s’applique au traitement des données personnelles par des organismes publics et privés. L’AIP traite les plaintes relatives à la protection des données, tandis que le harcèlement en ligne, l’usurpation d’identité et les accès non autorisés peuvent également être signalés à la direction de la cybercriminalité de la police du Kosovo. En 2025, l’AIP a recensé 158 plaintes relatives à la protection des données, auxquelles s’ajoutaient 12 affaires antérieures, et a rendu 139 décisions ; 19 affaires ont été reportées à 2026. La loi sur la cybersécurité établit des dispositifs institutionnels en matière de cybersécurité ; elle ne crée pas de service général de médiation de voisinage.
Vivre ensemble au Kosovo
Au Kosovo, le vivre-ensemble au quotidien repose sur un ensemble de droits constitutionnels, d’organes municipaux, de services de police, d’institutions de recours et de pratiques locales, plutôt que sur un système national unique. Ce cadre couvre les droits linguistiques et communautaires, l’égalité de traitement, l’ordre public, la participation, la résolution des conflits, l’habitat partagé et la vie privée numérique. L’accès à ces dispositifs et leur mise en œuvre varient selon les municipalités, en particulier lorsque les questions linguistiques, communautaires et de sécurité locale sont sensibles.
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